Les femmes et la politique municipale.

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Clara Lavoie, Léa Tremblay et Éliane Girard, conseillères à Petit-Saguenay.

Pourquoi un dossier sur les femmes au Bas-Saguenay ? On peut se demander si cela a encore sa place au XXIè siècle, et pourtant ! À la veille de la journée internationale des droits des femmes, le Trait d’Union a voulu mettre en lumière la force si inspirante des femmes d’ici qui, il n’y a encore pas si longtemps, se faisaient appeler par le nom de leur mari. La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean se démarque tristement par une persistance plus marquée qu’ailleurs des inégalités dans à peu près tous les domaines.

La pandémie a également accentué ces inégalités, notamment parce que les femmes sont surreprésentées dans le domaine des soins et sont donc les premières sur la « ligne de front », mais aussi dans l’ombre, pour prendre soin des personnes plus vulnérables (aînés, enfants).

Les femmes et la politique municipale

Lors des dernières élections municipales au Québec, où l’on constate une progression constante de femmes depuis 2005, un taux de 38 % de conseillères et 23 % de mairesses a été atteint.  Mais qu’en est-il au Bas-Saguenay ? Le Trait d’Union est allé rencontrer ces femmes qui se lancent ou poursuivent leurs implications dans le monde de la politique municipale.

Petit-Saguenay, un conseil paritaire !

Clara Lavoie, Éliane Girard et Léa Tremblay, les trois femmes du conseil municipal de Petit-Saguenay représentent également trois tranches d’âge différentes. « Un conseil de rêve, on ne peut plus représentatif de la population ! s’exclame Léa avec enthousiasme. Les femmes apportent une diversité d’opinion et de vision, notamment au niveau des ressources humaines, où les hommes sont peut-être un peu plus pragmatiques. Prendre le temps, amener un regard empathique, favoriser l’écoute c’est vraiment quelque chose que je voulais apporter au sein du conseil municipal, mais aussi dans la communauté ! », poursuit Léa qui entame ici son premier mandat.

De son côté Clara, qui revient pour un deuxième mandat, abonde dans le même sens : « Lors des entrevues d’embauches auxquelles j’ai eu l’occasion de participer depuis que je suis conseillère, j’ai pu observer que nos perceptions de l’autre étaient différentes. Cela amène d’ailleurs des discussions vraiment intéressantes entre les hommes et les femmes du conseil ! Ces échanges constructifs, de pouvoir exprimer mes doutes et d’être entendue, tout cela me permet finalement de prendre de plus en plus confiance dans le fait de prendre de bonnes décisions pour la communauté de Petit-Saguenay. »

Pour Éliane, installée depuis 4 ans à Petit-Saguenay, c’est également d’être à l’écoute de la population qui a motivé sa décision. « La participation citoyenne très présente ici, c’est quelque chose qui m’intéresse vraiment. Par contre, moi je me dis toujours, dans la vie si quelqu’un d’autre est capable de le faire, pourquoi pas moi. Les barrières, c’est propre à chacun, c’est une question de caractère plus que de féminin-masculin, je crois ! », conclut celle qui a tellement été bien accueillie dans son nouveau village que cela lui a donné le goût de s’impliquer.

L’Anse-Saint-Jean et son conseil 100 % masculin

Gervaise Houde, secrétaire administrative à la municipalité de L’Anse-St-Jean.

Du côté de L’Anse-Saint-Jean, j’ai rencontré Gervaise Houde, secrétaire administrative pour la municipalité depuis 30 ans. Au cours de sa carrière, elle a ainsi côtoyé 5 maires, dont une seule femme, Rita Gaudreault. « C’est la première fois que je vois un conseil sans aucune femme. C’est certain qu’une femme ne travaille pas de la même façon, et puis, en tant que femme, j’avais plus d’affinités avec Rita, elle était plus facile d’approche, sa façon de travailler les dossiers, sa sensibilité, cela favorisait une certaine complicité. Cela se passe bien avec les autres maires, mais ce n’est pas la même relation. » Quand Gervaise a commencé en octobre 1991, les Gîtes du fjord venaient d’ouvrir, tout comme le Mont-Édouard, c’était le début du tourisme. « Le village alpin a fait exploser le potentiel de L’Anse, sa richesse foncière. Ma tâche a beaucoup évolué, les façons de travailler aussi avec les nouvelles technologies », conclut celle qui pourra prendre une retraite bien méritée dès la fin mars de cette année.

Richard Perron, maire nouvellement élu, déplore et s’interroge sur l’absence de femmes au conseil. « Lors des dernières élections, 5 conseillers sur 6 étaient élus par acclamation. Il y avait vraiment peu de candidats à L’Anse-Saint-Jean. On peut se demander si le harcèlement sur les réseaux sociaux que subissent certains élus n’est pas en cause ? Est-ce que la sensibilité des femmes fait qu’elles sont plus atteintes par ces propos haineux ? La rémunération est-elle en lien avec l’implication et la disponibilité que le poste de conseiller nécessite, je n’en suis pas certain. Habituellement, les personnes qui se présentent sont déjà impliquées dans la communauté, comme bénévoles dans un organisme par exemple. » Le nouveau maire de L’Anse-Saint-Jean compte d’ailleurs mettre en place une démocratie plus participative, aller à la rencontre des citoyens, instaurer des budgets participatifs pour remédier à cette réalité et ainsi inciter plus de personnes, homme ou femme, à s’impliquer dans la politique municipale anjenoise.

Rivière-Éternité, des femmes à tous les postes.

Jacinthe Savard, Sonia Simard, Sandra Côté et Isabelle Gagnon devant les bureaux de la municipalité de Rivière-Éternité.

À la municipalité de Rivière-Éternité, Jacinthe Savard et Isabelle Gagnon, nouvelles conseillères depuis novembre dernier, tiennent avant tout à représenter la population auprès des instances municipales. « Au dernier conseil, il n’y avait que du monde de l’extérieur et je trouvais cela dommage, cela manquait de gens d’ici. C’est au tour de notre génération, ceux dans la quarantaine, de s’impliquer, c’est comme cela que l’on garde l’âme d’un village vivante », annonce d’entrée de jeu Isabelle Gagnon, qui donne également de son temps à la bonne marche de l’Auberge du Presbytère.

Jacinthe Savard, également native de Rivière-Éternité, complète : « Je pars à la retraite bientôt, j’avais du temps à donner et envie de m’impliquer dans ma communauté, notamment auprès des personnes âgées. Dans une réunion, si on est capable de donner notre opinion, d’être écoutée, pour moi, homme ou femme, cela ne fait pas de différence ! »

Pour Sandra Côté, directrice générale à la municipalité, la place des femmes revêt une importance capitale : « Cela fait 13 années que je travaille dans ces bureaux et quand il y a un conseil avec une majorité de femmes, je vois une différence. Les dossiers portés par des femmes sont en général faits avec plus de minutie. Je ne sais pas si c’est le petit côté féminin qui apporte cette curiosité, ce besoin de pousser plus loin les choses, mais à l’administration, on le ressent clairement. En tant que femme, on s’oblige aussi à démontrer qu’on est capable de le faire. On n’a rien à prouver aux autres, c’est avec nous-même que cela se passe ! »

Sonia Simard, qui travaille depuis 2014 à la municipalité, ne peut que confirmer : « Sans dénigrer les hommes, je constate souvent que les dossiers gérés par des femmes, ils sont tenus jusqu’au bout. Plus fonceuses, plus de temps à donner aussi, versus les hommes qui ont des horaires de travail plus prenants, qui partent la semaine ou travaillent le soir. À la municipalité, on est vraiment chanceux d’avoir cet équilibre homme – femme où chacun apporte son idée autour de la table et où je sens que ma voix est très bien accueillie », conclut celle qui a toujours eu à cœur le développement de son milieu de vie.

Ferland-et-Boilleau, une équipe diversifiée et efficace !

Janic Gagnon et Caroline Chayer, toutes deux conseillères municipales à Ferland-et-Boilleau.

Je finis ma tournée des conseils municipaux à Ferland-et-Boilleau où lors des dernières élections, le maire et quatre conseillers ont eu de l’opposition. Janic Gagnon et Caroline Chayer siègent toutes les deux à ce nouveau conseil dans lequel tous les âges sont représentés.

Originaire de La Baie, Caroline Chayer réside à Boilleau depuis 10 ans : « Le communautaire, c’est un état d’esprit. J’ai commencé avec le comité famille, la joujouthèque, mais avec la Covid, tout est tombé plus tranquille. J’ai alors décidé de me présenter comme conseillère et à date j’adore ça! Maman de 3 enfants, je voulais m’impliquer et représenter les femmes de mon âge. Une femme amène une autre vision, Janic avec ses 3 mandats a acquis une sacrée expérience, moi je suis toute nouvelle, alors j’aime prendre le temps. C’est ce que j’apprécie le plus je crois avec ce conseil, on prend le temps de prendre une décision, ça mijote, ça cogite, les idées se forment et les décisions sont du coup plus faciles à assumer ! Et puis des femmes, ça en prend ! Il ne faut pas avoir peur de s’impliquer et de lever la voix pour se faire entendre », conclut Caroline avec conviction !

Janic Gagnon, quant à elle, entame actuellement son 3e mandat: « On a toujours été au moins deux femmes à siéger au conseil municipal. C’est important d’avoir des femmes dans un conseil, très important ! Ça a du caractère, ça amène des nouvelles idées ! Moi si je m’implique dans la politique de mon village, ce n’est pas par obligation, c’est dans ma nature, c’est parce que j’aime ça ! C’est certain qu’autour de la table, on n’est pas toujours d’accord, mais on discute, on prend le temps d’y penser, on trouve des solutions ! On est vraiment une belle équipe ! », conclut Janic qui pense bien faire ici son dernier mandat et ainsi laisser de la place à de nouvelles idées !