L’Anse Saint-Étienne : un écosystème fragile

641
L’Anse Saint-Étienne vue de Pic-au-vent. Crédit photo : Laurent Silvani

L’Anse Saint-Étienne a une histoire fascinante, avec son fameux village de compagnie détruit par les flammes en 1900. Aujourd’hui, c’est un haut lieu du tourisme. Le Village-Vacances attire son lot de familles et la plage est de plus en plus fréquentée par une variété d’usagers. Cette popularité grandissante apporte cependant une pression importante sur un écosystème fragile que les visiteurs gagneraient à mieux connaitre.

Le littoral de l’Anse Saint-Étienne contient une belle diversité d’écosystèmes. Dans sa partie terrestre, le plus singulier est certainement le marais salé, qui s’étend entre les stationnements, la dune de sable et le ruisseau de Saint-Étienne, ainsi que sur la rive droite de ce même ruisseau, du côté du sentier de la Pinède. On y retrouve notamment de la spartine, de l’élyme des sables et du plantain.

Ces plantes jouent un rôle central dans la protection des rives contre l’érosion et dans la production primaire de la chaine alimentaire de l’Anse Saint-Étienne. En effet, lorsqu’il est immergé, le marais est un refuge pour toutes sortes de petits poissons et d’organismes marins qui viennent s’y alimenter. Les oies qui fréquentent le site lors des migrations sont pour leur part particulièrement friandes du plantain qui y pousse.

On le sait, les bélugas fréquentent le site sur une base régulière. Comme l’explique Clément Chion, professeur au département de sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouis (UQO), « le Saguenay est un secteur où les bélugas socialisent davantage que dans le reste de leur habitat. D’autres activités comme l’alimentation ou le repos y sont également observées. Une grande proportion des femelles et des veaux fréquente le Saguenay incluant l’Anse Saint-Étienne. »

On peut également observer à l’occasion des petits rorquals, des phoques échoués ainsi qu’une variété d’oiseaux marins : oies et bernaches en migration, cormorans, hérons, etc. Selon Chloé Bonnette, responsable au partenariat du Parc marin Saguenay – Saint-Laurent, « on émet l’hypothèse que les bélugas viennent s’alimenter à l’embouchure du ruisseau Saint-Étienne à cause de la richesse de la production primaire en provenance du marais salé et du ruisseau. »

Plusieurs recherches sont d’ailleurs menées présentement par des équipes de l’UQO, pour mieux comprendre le comportement des bélugas qui fréquentent le lieu. Les recherches en cours tentent notamment de vérifier si les bélugas qui fréquentent l’Anse Saint-Étienne modifient leurs comportements en présence d’embarcations. Un hydrophone, un micro servant à enregistrer les sons sous l’eau, sera ainsi installé tout l’été sur place afin d’obtenir la signature acoustique des différentes embarcations en présence et de simuler leur interaction avec celle des mammifères marins.

Un site à protéger

En 2013, un partenariat entre le parc marin, ZIP Saguenay et la municipalité de Petit-Saguenay a permis de protéger le marais salé, qui était menacé par la circulation des véhicules motorisés. Il faut éviter de piétiner la végétation du marais salé, que ce soit à pied, en véhicule ou à vélo. On peut encore visualiser les traces du passage de véhicules dans le marais qui témoigne de l’époque où la clôture de bois n’avait pas encore été installée. Le parc marin planifie d’ailleurs de faire un suivi des différents milieux herbacés du fjord pour suivre leur évolution dans le temps.

Corvée de plantation de mie commune à l’Anse Saint-Étienne en 2013.

Le milieu marin est également protégé avec des règles très claires par rapport à la navigation des embarcations à moteur et à pagaie lorsqu’il y a présence de bélugas en alimentation. Avec la multiplication des planches à pagaie, des kayaks et de chaloupes à moteur dans l’Anse Saint-Étienne, il y a un risque réel de perturber les activités des mammifères marins dans le secteur. C’est pourquoi il est fondamental de demeurer à plus de 400 mètres de tout troupeau de bélugas, quelle que soit l’embarcation.

Franck Turcotte, directeur général du Village-Vacances Petit-Saguenay constate une augmentation de l’achalandage sur la plage depuis quelques années : « on a vu à quelques occasions dans les deux dernières années des débordements importants au niveau du nombre de véhicules, qui se sont stationnés le long du chemin de la plage jusqu’à la fourche du chemin qui donne accès au Village-Vacances. C’était du jamais vu ! » Cet engouement nous rappelle toute l’importance de sensibiliser les usagers de la plage pour protéger les écosystèmes fragiles qu’on retrouve sur place.