Le feu et l’eau

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Retour sur les événements de l’été à Rivière-Éternité

Feu de forêt le 31 mai, pluies torrentielles et glissements de terrain le 1er juillet, mesures d’urgence, évacuations, fermetures d’école et de routes… les Éternitois n’ont pas été épargnés cet été. Ils ont dû faire preuve d’une grande résilience et l’entraide aura assurément été leur meilleur atout.  Allons à la rencontre de ces personnes qui ont accepté de se confier.

Rémi Gagné, maire de Rivière-Éternité

La reconnaissance

C’est avec des remerciements pour son comité d’urgence et sa population, toujours aidante et patiente, que le maire de Rivière-Éternité entame l’entrevue. Le 1er juillet dernier, lorsqu’il constate que la pluie n’a rien de « normale », Rémi Gagné se rend rapidement au cœur de son village. Il sera par la suite présent à chaque étape de la crise.

« Lorsqu’il y a eu le feu, à la fin mai, on s’est rapidement senti protégé. La Régie Intermunicipale de Sécurité Incendie du Fjord (RISIF) et la SOPFEU, avec leurs avions citernes, étaient en action dans l’heure suivant le signalement des flammes, se remémore Rémi Gagné. Mais pour ce qui est de l’eau, on ne peut pas la contrôler. Le pire, c’était la coupure en deux du village, avec la route 170 sérieusement endommagée, c’était très inquiétant. La population d’en haut de la côte ne pouvait même pas communiquer avec celle d’en bas, puisque l’électricité était coupée. »

Hydro-Québec est rapidement venu installer une génératrice, tandis que Bell rétablissait la communication. Dès que la situation est connue, une équipe de la MRC du Fjord-du-Saguenay vient en renfort supporter la municipalité. Le préfet Gérald Savard, la directrice générale et greffière-trésorière, Peggy Lemieux, la directrice en sécurité incendie et civile, Monique Marier se sont déplacés sur les lieux. De son côté, Janick Gagné, conseillère en communication et relations publiques, a dès le 2 juillet, pris en charge le téléphone du maire qui ne dérougissait pas, et ce à partir de 4 heures du matin.

Tout le monde s’est ainsi mobilisé rapidement, dont la Sureté du Québec avec environ 70 policiers qui ont participé aux opérations, la sécurité civile, les ambulanciers, la RISIF et le ministère des Transports. Les intervenantes sociales du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont arrivées le jour même et sont restées un mois au village. Enfin, la députée de Chicoutimi, Andrée Laforest, s’est déplacée dès la première journée. Les bureaux de la municipalité se sont rapidement transformés en cellule de crise, chaque bureau étant dédié à une organisation : au sous-sol se trouvaient les policiers, un autre bureau pour la SEPAQ et le bureau du maire, quant à lui, est occupé par les intervenantes du CIUSSS.

Rémi Gagné conclut ainsi : « Je tiens à remercier toutes les organisations et les personnes qui ont apporté leur support lors des événements de l’été. Il est encore plus clair pour nous maintenant que les mesures d’urgence ne doivent jamais être laissées sur une tablette. Il faut les ajuster régulièrement, suivre des formations et faire des pratiques. D’ailleurs, les employés de la municipalité suivent régulièrement de ces formations. Deux mois après les événements, j’admire le courage des citoyens de Rivière-Éternité et c’est avec écoute et empathie que je veux continuer de les accompagner vers ce retour à la normale tant espéré. »

Sandra Côté, Directrice-générale, greffière trésorière et coordonnatrice des mesures d’urgence

« C’était tellement gros pour une petite municipalité »

C’est avec beaucoup d’émotions que Sandra raconte les événements de l’été. Responsable des mesures d’urgence, elle a dû prendre de nombreuses décisions et en a porté beaucoup sur ses épaules pendant les treize jours où ces mesures ont été actives.

« Avec le temps sombre et toutes les lumières des voitures de policiers, d’ambulanciers et de pompiers, c’était « comme dans un film de fin du monde », décrit-elle quand elle pense à son arrivée au village, le 1er juillet. Sandra Côté a rapidement enclenché les mesures d’urgence et fait le point sur la situation avec les intervenants sur place. Il pouvait y avoir chaque jour jusqu’à trois rencontres avec les collaborateurs et deux avec son équipe.

Avec l’adrénaline, c’est une expérience extraordinaire, unique, mais aussi tragique qu’elle me décrit. « Il a été très difficile d’être coupée d’une partie de la population du village, d’autant plus que cela comprenait des membres de ma famille. Mais le plus difficile, c’est le après. Une fois l’urgence terminée, les collaborateurs s’en vont et c’est bien normal, mais je me sens maintenant bien seule au milieu de la lourdeur administrative. »

Après deux mois, Sandra commence à peine à démêler le tout. Les membres de son équipe sont toujours présents, elle se dit d’ailleurs très fière d’eux, même s’ils sont peu nombreux en considérant l’ampleur des événements. En effet, c’est dans l’après crise que la fatigue se fait sentir et il est difficile de ne pas pouvoir satisfaire tous les citoyens.

« C’est dur de voir la détresse des gens qui ont été fortement touchés, de lire des commentaires négatifs sur les réseaux sociaux. Il faut faire attention au jugement, les personnes qui ont écrit ces commentaires n’ont pas vécu le déluge. Avec un peu de recul, je vois maintenant le plan des mesures d’urgence d’une autre manière et avec beaucoup d’aide extérieure. »

Celle qui connait maintenant bien mieux chacun de ces services, notamment celui les intervenantes sociales du CIUSSS, véritable bouée de sauvetage pour elle et les personnes touchées, tient à terminer l’entretien ainsi : « Les inondations sont passées mais il reste encore bien des traces. Plusieurs personnes doivent réaliser des travaux dans leur maison ou sur leur terrain. Quand je repense à toute l’aide reçue pendant les événements, je me dis que ça prend une bonne équipe pour passer au travers… et on l’a eue ! »

 

Marius Gaudreault et sa conjointe Carmen Bouchard, citoyens de Rivière-Éternité

« Aux premières loges »

Marius Gaudreault m’accueille et immédiatement me montre les dégâts dans la partie est de sa maison, là où habite son fils. Le 1er juillet, il y avait de l’eau au sous-sol, et au moment d’écrire ces lignes, le bas des murs est encore coupé et il y a un déshumidificateur qui fonctionne en permanence. « Il y avait de la boue par-dessus les fenêtres du sous-sol et jusqu’à la moitié des portes du garage. Le terrain a aussi été beaucoup endommagé. J’ai vu par la fenêtre de la cuisine une vague d’un mètre de haut déplacer la voiture de ma voisine, soulever l’asphalte qui venait d’être refait il y a 2 ans et amener une épinette de deux pieds de diamètre debout le long la route 170, c’était « comme un film », raconte Marius, encore tout imprégné des événements. Avec sa femme Carmen, ils se sentaient quand même en sécurité dans leur maison. Ils ont cependant été évacués par le conjoint de leur petite-fille et très bien reçus pendant quatre jours chez le couple habitant l’Anse-St-Jean.

Pour le feu, Marius a tout vu de sa galerie. Sa conjointe a aussitôt appelé le 911. Les avions citernes passant très proche de la maison sont intervenus rapidement et ont réussi à sauver les maisons.

Mais au travers des événements de l’été, ce qui reste le pire pour eux, c’est le décès subit de leur fille Éliane. « Elle prenait soin de nous et était toujours prête quand on avait besoin. On a perdu un gros morceau », évoque spontanément Carmen. Ce drame ayant occulté toutes les autres tragédies.

Tout au long de l’été, Marius et Carmen ont grandement apprécié l’aide de leur famille, qui est encore très présente au quotidien. Ils ont aussi bénéficié des visites hebdomadaires d’une intervenante du CIUSSS pour de l’aide psychologique, et ce durant trois semaines. Partageant un regard complice et rempli de tendresse, le couple termine en se disant qu’ils vont passer à travers tout cela, ensemble.

Sacha Bosman, Garde-parc technicien en milieu naturel au Parc national du Fjord-du-Saguenay (PNFS)

« On est petit par rapport à la nature »

Et au Parc, comment cela s’est-il passé?

Pendant qu’un trou énorme se formait au cœur du village de Rivière-Éternité, fermant ainsi la route 170, au PNFS, plusieurs glissements de terrain rendaient la rue Notre-Dame impraticable, isolant ainsi le bureau administratif, le Camping de Baie-Éternité et le Centre de Découverte et de Services. Heureusement, du personnel compétent était présent à chaque endroit pour prendre en charge les visiteurs.

Après avoir passé plus de 24 heures au Camping, Sacha ressent comme un choc en arrivant au cœur du village : il y avait des caméras, des policiers et des véhicules d’urgence partout. Il se rappelle aussi de l’accueil chaleureux des citoyens de Rivière-Éternité venus à sa rencontre pour discuter et lui offrir un hotdog.

Pour le feu, Sacha était en patrouille nautique sur le Fjord, prêt à évacuer ses collègues et les visiteurs. Le feu a probablement été plus destructeur pour la nature, mais il reste plus marqué par le déluge car il l’a vécu de près et « des gens sont partis ». C’est ce sentiment d’impuissance face à la nature qui se déchaîne qui reste encore aujourd’hui bien présent dans l’esprit du Garde-parc.

« Mais malgré son aspect tragique, le déluge a révélé également de belles choses, comme une équipe de travail soudée. Il m’a aussi permis de mieux comprendre les inondations de 1996 que je n’ai pas vécues et dont j’ai si souvent entendu parler. Suite à cette catastrophe, j’ai reçu beaucoup d’aide, autant des gens de la municipalité que par les intervenantes du CIUSSS, poursuit le jeune Garde-parc. Entre collègues, on a pris soin les uns des autres, et ça nous a rapprochés. »

Sacha a reçu des messages chaque jour chez lui et un très bel accueil lors de son retour au travail. Il souligne enfin que les gestionnaires ont fait preuve de beaucoup d’humanité. Et maintenant, deux mois après les événements, ce qui persiste chez Sacha, c’est l’envie encore plus forte d’aller au travail, d’aider les gens et de prendre soin de ses collègues. Philosophe, il achève cette entrevue en se disant « qu’il faut retenir le positif, sans oublier le négatif ».

Le feu et les inondations ont ici été effleurés. Il aurait été tellement intéressant de rencontrer chaque citoyen et chaque employé du Parc, chacun ayant vécu ces événements d’une manière unique.

Cependant, toutes les personnes rencontrées ont tenu à exprimer leurs sympathies pour les proches des deux victimes.

De ces témoignages, un autre point commun : l’entraide est la meilleure façon de réagir à la force de cette nature, merveilleuse mais parfois destructrice, qui nous entoure au Bas-Saguenay.