L’entraide, ce qui nous lie

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Parc national du Fjord-du-Saguenay. Crédit photo : Cécile Hauchecorne

Dans l’histoire des idées, beaucoup d’attention a été accordée à la compétition entre les individus. Le célèbre philosophe politique Thomas Hobbes a fondé toute sa pensée sur la prémisse que dans l’état de nature, « l’homme est un loup pour l’homme ». Des travaux de Charles Darwin, on retient surtout le mécanisme de la sélection naturelle, qui dicte que ce sont les animaux les mieux adaptés au sein d’une même espèce qui réussissent à participer à l’établissement de la génération suivante.

Or, l’entraide est un facteur tout aussi important de l’évolution, sinon le principal, a soutenu Pierre Kropotkine, penseur et géographe russe du 19 siècle. En observant tant l’évolution des espèces animales que des groupes sociaux à travers l’histoire, il a rappelé que l’association est la meilleure arme dans la lutte pour la vie, la stratégie la plus efficace pour survivre contre les conditions naturelles défavorables.

En effet, la coopération revêt d’autant plus son importance en temps de crise. Lorsque les temps sont durs, les manifestations d’entraide se multiplient. L’importance de maintenir les liens sociaux a été démontrée : nous vivons plus vieux et en meilleure santé lorsque nous sommes entourés. De par leur position décentrée des milieux urbains, les villages du Bas-Saguenay ont dû développer de précieux réseaux d’entraide et de collaboration pour subvenir à leurs besoins et assurer leur prospérité. C’est aussi vrai à l’échelle collective qu’individuelle, et les exemples sont nombreux. Si ma laveuse brisait, je n’hésiterais pas à aller faire ma brassée chez la voisine. Le covoiturage y est particulièrement efficace : c’est tout un réseau qui s’active dès que l’un de nos semblables cherche à rentrer au bercail.

L’évocation de l’entraide me rappelle au souvenir de celle dont j’ai été témoin lors des marches organisées par Lise Bernier, à Petit-Saguenay, pour sensibiliser à la maladie dont elle était atteinte. Malgré la perte graduelle de l’usage de ses muscles, Lise a choisi de continuer d’avancer pour récolter des fonds afin de venir en aide à ceux qui, comme elle, recevraient ce diagnostic terminal. Je n’oublierai jamais cette image de Lise au départ de sa deuxième marche qui serait sa dernière, en juin dernier. Elle était fièrement assise sur sa chaise roulante, à la tête d’un joyeux cortège où s’était rassemblé tout un village, le sourire aux lèvres et le poing levé au ciel en signe de défiance, de force, de solidarité.

Cette tribune me permet de vous partager ces réflexions qui ont le pouvoir de nous lier, et de nous faire avancer, ensemble. C’est pourquoi pour la rentrée, le Trait d’Union a voulu rappeler ce qui nous lie, et pourquoi nous avons besoin les uns des autres. Car après tout, il s’agit du cœur de la mission que l’on s’est donnée : maintenir les liens entres les personnes de toutes les générations, dispersées sur le territoire majestueux qu’ils habitent en commun. C’est avec le même état d’esprit que ce numéro accueille dans ses pages, et pour la première fois, des nouvelles de nos voiins de l’autre bord  du fjord, St-Fulgence et Ste-Rose-du-Nord. Une initiative citoyenne qui on le souhaite pourrait se développer.