Les grands esprits se rencontrent.

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C’est donc tout un village qui s’était alors monopolisé autour d’un rêve, l’idée de donner vie à l’histoire d’ici par un théâtre musical à grand déploiement, avec musiciens, marionnettes géantes, projections, chorale, figurants et comédiens. Le spectacle allait voir le jour pour le 100ième, en 2019.

Les photos ont été réalisées par Dany Thibeault et Manon Landry.

Il y a, au cœur des collines mystérieuses de Petit-Saguenay, un amour profond pour le simple, le vrai et la rumeur, tendance acceptée et encouragée dans le but d’alimenter la magie. Et surtout, la quiétude et la beauté des lieux favorisent la rencontre de géants créateurs d’univers, là où circulent librement de grands esprits… Inspirés du Fjord, et oxygénés d’espace et d’horizons, ces êtres invisibles deviennent les chorégraphes d’un monde où ils peuvent se manifester, et ainsi coécrire l’histoire des gens qui bâtissent et inventent le courant des choses.

C’est dans l’imaginaire adolescent d’Élias Côté, le poète-pécheur de saumons, qu’allaient apparaître 4 de ces grands esprits à l’origine du spectacle Marguerite. Grâce à une espèce de dialogue symbiotique tout au long de son parcours, le conteur à l’écoute immense, était prédestiné pour un jour pouvoir accoucher d’un tableau pittoresque, grandiose; et surtout, fidèle à ces trésors qui se cachent au Petit-Saguenay. Mais de l’art, dirait-il, ça s’fait pas tout seul !

Au printemps 2022, à peine débarqué dans mon village d’adoption, je reçois un appel de Philôme La France, maire de Petit-Saguenay, qui me dit que Jean Bergeron se cherche des allié.es, des professionnels de la scène, des artisans et bénévoles, afin de reprendre le spectacle Marguerite, qui aurait mérité quelques saisons de plus. À partir des contes d’Élias Côté, l’art de la parole et de la transmission était devenu palpable et touchant, prenant des dimensions visuelles impressionnantes. Pour conserver l’œuvre vivante, admet Jean Bergeron, il aura fallu faire acte de foi et piger dans le sac ancien des mœurs d’une communauté qui se tient, et qui ne se laisse jamais tomber. Comme me racontait Élias « Depuis tout l’temps, quand je d’mande de l’aide par che nous, on m’ répond toujours : Dis moé ton heure pi m’a êt’ là ».

C’est donc tout un village qui s’était alors monopolisé autour d’un rêve, l’idée de donner vie à l’histoire d’ici par un théâtre musical à grand déploiement, avec musiciens, marionnettes géantes, projections, chorale, figurants et comédiens. Le spectacle allait voir le jour pour le 100ième, en 2019.

Bien évidemment, se remettre en selle (et en salle) comportait des défis, puisque certaines personnes manquaient à l’appel, sans oublier que nul ne pouvait prédire ni garantir la finalité d’une reprise, dans un contexte post-mesures encore fragile et incertain. Cependant, à ce que je pouvais deviner dans la voix du producteur, le cœur y était et le chemin s’ouvrirait à nouveau. J’ai donc eu la chance de le vivre, de le voir, de le sentir et d’y participer. Des semaines de préparation à recoller les morceaux, à réapprendre les chansons et les déplacements, à vérifier, réparer et bonifier les décors et marionnettes; bref, l’équipe renaissait sous mes yeux ébahis. Et, comme quelques ajustements étaient nécessaires, de nouvelles personnes ressources sont apparues pour venir s’intégrer à cette joyeuse bande. Richard Gagnon, Élias Côté et Jean Bergeron (les pionniers créateurs de Marguerite) ont certainement des charmes complémentaires, puisqu’en peu de temps, des gens provenant de différents milieux sautaient à bord du train, avec fougue et bienveillance. C’est dire la force d’attraction du projet, de l’équipe, et des humains qui l’alimentent!

Jean Bergeron et Hugo Lapierre lors des nombreuses répétitions de Marguerite.

Au sein de la première mouture, Le conservatoire de musique de Saguenay a su travailler en complicité avec Jean Bergeron, Ginette Côté et Gabriel Gagné Gaudreault pour écrire des arrangements. Éric Chalifour, Mark Waltzing, Frédéric Maltais, Patrice Leblanc, Mylène Leboeuf-Gagné et encore d’autres sont venus d’ailleurs pour s’investir en temps et en énergie, ici au cœur d’un village motivé et décidé.

Cette année, d’autres surprises de collaborations inter-villages sont venues enrichir la troupe. De Ste-Rose du Nord, Marisol Josée et Fanny Fay Tremblay Girard, comme de fines créatrices de l’intemporel et du rêve, ont su offrir talents et vision pour affiner les tableaux les plus fous. Une nouvelle citoyenne de la place, Calianne Gagnon, ainsi que la toute jeune Amélyanne Poitras de La Baie, allaient à tour de rôle jouer Marguerite. D’ailleurs, quel bel exemple de passation du flambeau lorsque Britanny Simard (la Marguerite édition 2019) s’est portée volontaire pour donner un coup de mains aux auditions des jeunes. Que ce soit Audrey Girard de St-Félix, devenue marraine dévouée et aidante naturelle pour la durée des représentations, que l’on pense aux nombreuses et nombreux bénévoles, ou bien à Jean-François et Manon, qui n’ont plus besoin de présentation, cette épopée artistique a su faire tomber les frontières et attirer un grand nombre de personnes, toutes plus généreuses les unes que les autres…

Si l’Esprit du Fjord, de la Forêt, de la Terre, ainsi que l’Esprit du Feu auront été les architectes des 100 dernières années, je ne serais pas surpris d’apprendre qu’ils auraient aussi sculpté, par mesure de pérennité, cet esprit de collaboration et d’entraide qui règne en ce moment au Bas-Saguenay. Ces liens et ces amitiés créés par soucis d’entraide et de bon voisinage, continuent de se fortifier, et l’avenir sera gage de ces ponts qui rassemblent et unissent. J’ai déjà eu vent des grands Esprits de Ste-Rose, et certains d’entre nous avons même pu danser avec l’un d’entre eux à la lune, au quai de Petit-Saguenay le 13 août dernier. Après m’avoir invité à conter chez lui, leur conteur Ken Villeneuve viendra nous visiter sous peu, avec l’intention de croiser le verbe avec le grand Élias. Bientôt, nous verrons probablement quelques bélugas s’offrir pour faire la navette entre nos villages, question de pouvoir participer à cette merveilleuse collaboration, qui elle aussi, vient de naître.