Les traits d’union de nos communautés

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Caroline Simard auprès de sa grand-mère, madame Georgette Bouchard.

C’est à la bibliothèque municipale de Rivière-Éternité que je rencontre Caroline Simard, intervenante de milieu pour les aînés en situation de vulnérabilité au Bas-Saguenay et native de Rivière-Éternité. Lors de la discussion, je m’aperçois qu’elle est aussi, en quelque sorte, un « trait d’union » entre nos communautés.

Prendre soin des personnes en situation de vulnérabilité

Le poste que Caroline occupe est financé par le Programme des initiatives de travail de milieu auprès des aînés en situation de vulnérabilité (ITMAV). Mis en place en 2019, le programme gouvernemental finance des organismes communautaires qui œuvrent auprès des aînés, dont le groupe d’action communautaire de L’A.P.R.S. (basé à l’Anse-St-Jean). L’objectif est de mieux répondre aux besoins des aînés, de participer à une meilleure inclusion sociale, au développement de leur pouvoir d’agir, de briser l’isolement et d’améliorer leur qualité de vie. Cela nous rappelle sans aucun doute le rôle central des organismes communautaires bien ancrés dans la réalité des gens. « Les groupes d’actions communautaires cela fait longtemps que ça existe et ça faisait partie de leur mission d’organiser des activités comme ça, mais là, avec ce financement, c’est comme si les personnes avaient un service privé ».

Caroline est une habituée du milieu communautaire et lorsqu’elle a eu connaissance de ce programme, elle a sauté sur l’occasion de travailler avec son groupe préféré : les aînés. Le programme s’adresse aux 55 ans et plus mais Caroline résume : « Le but, c’est de venir en aide aux gens. Je peux visiter des personnes de moins de 55 ans qui vivent des situations difficiles et qui ont des besoins, ça fait partie de mon travail ».

Briser l’isolement et créer des liens

Chaque semaine, cette native de Rivière-Éternité visite les quatre villages du Bas-Saguenay, le lundi : l’Anse-Saint-Jean, le mardi : Rivière-Éternité, le mercredi : Petit-Saguenay et le jeudi : Saint-Félix d’Otis. Le village de Ferland-et-Boilleau est desservi par la ville de la Baie. Au programme de la matinée, des visites à domicile et en après-midi, Caroline organise des activités sociales. Le vendredi, elle se rend au centre de jour pour accompagner une intervenante qui offre un atelier à l’Anse-Saint-Jean dans le cadre d’un programme de jour du CIUSSS : jasette, café, jeux et exercices physiques.

C’est lors des visites à domicile, en prenant le temps, qu’on est plus à même d’écouter et de constater les besoins. En plus d’offrir un peu de compagnie, le mandat de Caroline est de faire le lien entre les besoins des personnes et les ressources existantes. « Dans mon cas, les personnes que je visite sont souvent des personnes qui ont vécu des deuils dernièrement. Ils trouvent ça difficile et ils ont besoin d’en parler. Alors que l’après-midi, pour les ateliers, c’est plutôt des personnes qui viennent faire du social et jaser, ce sont des personnes très autonomes, et même souvent très impliquées ».

Et qu’en est-il des ressources et des services disponibles dans la région ? Caroline m’explique : « Souvent on croit qu’on a moins de services, mais c’est parce que les organismes ne sont pas toujours basés au Bas-Saguenay. Ils peuvent être à la Baie, par exemple, mais ils desservent le Bas-Saguenay, il faut juste en faire la demande. Les ressources sont là, mais les gens ne les connaissent pas ». Caroline énumère plusieurs organismes situés à la Baie ou à Chicoutimi que ce soit des maisons de répits pour conjoint.e.s et proche-aidants, pour les femmes en situation de violence, pour des personnes atteintes d’Alzheimer, en alphabétisation, et encore d’autres.

Des enjeux similaires, mais des couleurs différentes

Les villages du Bas-Saguenay ont de nombreuses réalités en commun, et par exemple, les 65 ans et plus y représentent partout plus du quart de la population. Pourtant, les 15 à 20 kilomètres qui les séparent marquent des différences que Caroline est à même de constater, du moins en ce qui concerne la fréquentation à ses ateliers. « La réalité est vraiment différente dans chaque municipalité. J’ai constaté que parfois les activités comme celles de l’Age d’or (FADOQ), la ligue des sacs de sable, la danse en ligne, ont lieu la semaine en après-midi, alors même si je les invite à mes ateliers, ils n’ont pas le temps, ils sont occupés, et c’est une bonne nouvelle ! D’autres endroits comme ici, à Rivière, les activités sont en soirée, donc j’ai une belle fréquentation parce que l’après-midi, il y a moins d’activités. Mon plus grand groupe, c’est ici, j’ai 15 à 17 personnes».

Chaque village a aussi ses grandes familles, et auparavant, c’était surtout au sein de ce réseau que s’organisait l’entraide. « Dans les petites places, tout le monde se connaît, alors c’est plus facile quand quelqu’un a besoin de quelque chose, ou s’il arrive un malheur à quelqu’un et qu’on décide de s’entraider. Tout le monde coopère. Je pense que c’est plus facile à l’entraide vu qu’ils se connaissent et donc les gens se sentent touchés par ce que les autres vivent ».

Bien qu’il y ait encore de grands réseaux familiaux dans la plupart de nos petits villages, bien des choses ont changé dans la structure sociale d’aujourd’hui. « Avant, les enfants prenaient souvent soin des parents, ils les prenaient chez eux ou ils déménageaient dans la maison familiale. Aujourd’hui, les gens sont plus portés à les amener au foyer ou dans une résidence. Moi je suis native d’ici et j’en connais plusieurs dont les parents sont décédés, mais ils vivent dans la maison familiale parce qu’ils étaient restés avec leur parents. Je pense que c’est notre vie qui fait qu’on peut moins faire ça. Par exemple, avant, c’était souvent les femmes qui prenaient soin de la mère ou du père. Ce qu’on ne peut pas faire aujourd’hui, même si on est en couple, les deux doivent travailler si on veut y arriver, donc c’est notre vie qui fait qu’on ne peut plus faire ça ». Dans nos emplois du temps chargés, avons-nous gardé le temps de s’entraider? Certainement, mais peut-être différemment, et Caroline par exemple le fait à travers le poste qu’elle occupe.

L’entraide sous différentes formes

L’érablière de la Société de développement de Rivière-Éternité.

Caroline m’emmène rencontrer sa grand-mère, madame Georgette Bouchard. À l’époque, alors que les églises étaient de hauts lieux de rencontre, le curé, souvent la personne la plus instruite du village, était une personne qui rassemblait les gens et qui pouvait initier l’entraide. Madame Georgette me raconte, « je me rappelle une maison, justement ici dans le rang Sainte-Thérèse. Ils étaient plusieurs enfants et la maison n’était pas assez chaude pour l’hiver. On avait un curé qui était assez organisateur, il avait parlé de ça, et les gens ont construit une nouvelle maison. La maison est encore là ». Cet exemple me paraît incroyable, qui plus est sans les outils que nous possédons aujourd’hui, je me demande combien de personnes ont travaillé et pendant combien de temps sur cette maison. Georgette Bouchard poursuit, « on avait des érablières et ça prend du monde pour opérer une érablière, ça prenait des voisins, des cousins, pis eux autres, ils allaient aider. Aujourd’hui, il y en a plusieurs qui ne peuvent pas opérer parce qu’ils n’ont pas assez de monde ».

Aujourd’hui, les familles sont moins nombreuses, on se déplace davantage et les villages accueillent de plus en plus de nouveaux visages. Les valeurs de solidarité et d’entraide sont encore bien vivantes et dépassent le réseau familial. Mais le principe demeure le même : travailler dans un but commun, utiliser les atouts de chacun et joindre nos efforts pour l’obtention de services qui répondent à nos réalités locales devient une force incroyable! En travaillant seul, combien de temps aurait pris la construction de cette maison du rang Sainte-Thérèse, et surtout, aurait-elle était assez chaude pour y accueillir les enfants ?