Pour le maintien de notre humanité.

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J’ai deux sœurs, la grande est la plus jeune et la petite est la plus grande.

J’ai deux côtés, deux pôles, je suis gémeau et je suis homme et je suis femme.

Mon père est aussi entouré de sœurs, et ma mère née dans une famille de gars est loin d’être ordinaire. Toute ma vie, j’ai évolué parmi des femmes et des filles, mes profs au primaire, mes animatrices de terrain de jeux, mes amies à l’école de théâtre, ces féministes à la chorale, les travailleuses de rue et les artistes. Plus récemment, j’ai eu la chance de participer à des cérémonies et des danses, soirées fréquentées presqu’exclusivement par des femmes. En plus de ramener un souvenir de jeunesse lorsque mes sœurs et moi dansions sur du Debbie Gibson, ces moments d’expression corporelle m’auront permis de revenir dans mon corps, afin d’extérioriser mon mouvement intérieur. Quelle joie de célébrer et partager l’extase de vivre, grâce à la rythmique d’un groupe de femmes!

On pourrait dire que j’suis chanceux, que j’suis tombé à la bonne place,

Que le hasard fait bien les choses, que je suis un homme qui voit en rose,

Que la douceur est dans ma vie, mais qu’il est probable que je fuis,

Et que mon seul talent de masculin se cache dans la paume d’une main,

Celle de la femme qui me tient.

On pourrait dire que c’est bizarre ou que c’est louche,

Que cette tendance est une marque un handicap,

Une façon de se cacher ou un Œdipe perpétué;

On pourrait sur-analyser ou s’émanciper de Freud ou de Bertolt;

On pourrait refaire le monde, tisser des liens entre les mères, les fils et les gitanes.

Mais au final, le magnétisme de la femme, son ouverture et sa candeur, son écoute du cœur, sa résilience et sa générosité immense, sa fluidité à être et sa découpe si artistique, son sens de l’autre et du sacré, son instinct et son habileté, sa finesse et son grand jardin, sa lune instable et sa demeure, sa route du diable et sa torpeur, son génie pour sortir de là, sa légèreté parfois cassable, sa poétique vie indomptable, son acharnement pour le présent et son désir d’un truc si loin.

Toutes ces choses qui me rejoignent, que j’ai cru bon tenir d’un bord, qui m’ont fait perdre et trouver l’nord ou que j’ai tenté de comprendre, sans pour autant savoir m’y prendre, ont eu l’effet que je n’sais plus, ce qui en moi est mis-à-nu, par le contact d’une femme, celle qui me raconte son histoire, ou que je côtoie dans le miroir.

On dit que j’ai un côté féminin. Je revendique donc le droit de dire que j’ai DU féminin, que nous sommes tous et toutes hommes et femmes!

Ton féminin ne s’est peut-être pas révélé, mais n’hésite pas à épouser ces beautés            intérieures qui sommeillent en toi, et qui te protègent de sombrer dans la platitude et dans la rectitude, dans l’inflexibilité et dans le prévisible, d’être seulement genré !

Tu es beaucoup plus qu’un être humain à une face qui se résume de par son sexe, tu es de cette source sacrée qui crée la vie, cette incroyable insaisissable aventure aux facettes infinies et merveilleuses. Tu te questionnes, tu te parles à toi-même et tu prends des décisions pour cadrer ton fonctionnement, mais tu n’es pas fixe, tu es l’ensemble de ces traits que le masculin et le féminin t’ont offert pour un chemin qui se dessine et s’articule que tu aies ou non des testicules.

Merci à toi Ô FEMME de tant de richesses partagées, pour le maintien de notre humanité.

En échange de ne pas expérimenter dans mes cellules la création la plus totale et connectée des œuvres de l’univers, je me sais grandement privilégié de pouvoir admirer ce grand mystère, porté par la plus complexe des créatures du monde…

Oui j’aurais voulu … Accoucher, donner vie, porter, faire l’amour comme…

Mais je me suis résilié.

Et bien sûr…

… La résilience, c’est féminin jusqu’à la moelle et j’en suis jaloux

Ça te tient une forêt d’âmes qui dans le vent reste debout

Quand tout s’éteint ça lève les voiles et ça regarde l’horizon

Pendant que je cache mon courage derrière l’orgueil ou la raison

Femme tu n’appartiens ni aux attentes ni aux espoirs

Ton feu de jour reste vivant même le soir

Nul n’a besoin de se demander si tu seras

Car ta vertu est ton essence

Ta force et ta beauté ton existence

Quand c’est fragile quand ça n’va pas

Tu te démarques tu n’restes pas là

Ça bouge en toi t’emboites le pas

Et pour tous ceux qu’ça dérangera

J’endosse l’éveil qui s’imposera

Car ce qui pousse, même quand l’homme dort

Provient de la source d’un grand corps

Celui composé d’eau et de Terre

Qu’alimente l’esprit de la Mère

Pour que chaque femme de son pouvoir

Puisse éclairer le territoire

De ceux comme moi qui cherchent à croire

Que le divin du féminin soit une denrée

À protéger à respecter, à partager

Et à aimer

 

Hommage à cette femme de la Nation crie qui bûchait son bois avec assurance et gaité, démontrant une agilité, une finesse et une aisance qui me paralysaient. Sa force imposante ne s’imposait pas, elle était évidente. Assommé de cette image unique, et privilégié d’être là au bon moment, je n’arrivais pas à croire qu’elle m’abordait avec autant de chaleur et de disponibilité. Son homme était vieux et malade, c’est elle qui s’occupait de tout. Et elle en était fière.

Les femmes autochtones savaient faire, savaient être. J’ai croisé cette grande force de la nature aux limites du village de Whapmagoostui, lors d’une balade par laquelle j’espérais me retrouver, replié sur moi-même que j’étais à l’automne 2014. Le son éclatant de ces bûches gigantesques fendues avec grâce, m’avait ramené à la futilité de mes ambitions égotiques du moment. Cette femme, par son geste brutal agencé à son regard doux-profond et hautement charismatique, n’avait fait de moi qu’une bouchée. J’étais vu, compris et entendu, je ne pouvais plus me cacher derrière des intentions purement touristiques, puisqu’en un clin d’œil (au propre et au figuré), j’étais devenu un élément de la scène, un oiseau sur sa fenêtre, une saveur du territoire.

Les femmes, du moins celles que j’ai la chance de côtoyer, possèdent ce don de l’accueil, ainsi que cette capacité d’intégrer l’autre, tout en poursuivant la besogne, la tâche ou la mission nécessaire de l’instant. Elles n’ont ni besoin du matériel ni des grandes manières langagières, elles sont, tout simplement. Et ça suffit pour vous faire sentir vous, ici maintenant, avec votre vérité nue, avec votre fragilité crue.