Marc-André Racine, transmetteur d’expériences

1763

Marc-André Racine trappe depuis 47 années. Dès son plus jeune âge, il pose ses premiers pièges avec des gens du voisinage. « J’étais le seul de la famille à trapper, j’ai appris par moi-même, j’étais tellement passionné. J’ai aussi côtoyé des voisins qui trappaient, mais c’est surtout de mes essais-erreurs que j’ai appris. »

Ce natif de La Baie réside maintenant à Ferland-et-Boilleau dans une maison autonome qu’il a bâtie dans les bois au bord de la rivière Ha!Ha!. Il se définit comme un transmetteur d’expériences et, depuis 14 années qu’il enseigne dans le programme de Protection et Exploitation des Territoires Fauniques à La Baie (PETF), il n’a jamais rencontré de problèmes de discipline dans sa classe. « Un passionné sait partager son expérience, la transmission se fait mieux, on donne plein de petits trucs, même si on ne dispose pas d’énormément de temps. Au PETF, c’est plutôt une initiation », explique celui qui forme des agents et des assistants de protection de la faune. Pour pouvoir trapper, on doit passer une formation donnée par l’entremise de la Fédération des Trappeurs Gestionnaires du Québec (FTGQ). Marc-André est maintenant le seul dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean à la donner.

Crédit photo : Ismaelle Delmarco.

« Un piégeur en tant que tel, c’est avant un gestionnaire de la forêt. C’est certain que l’on a une réglementation, des dates à respecter, mais on reste assez autonome. Pour la chasse, c’est le ministère qui gère la population de chevreuils ou d’orignaux, mais pour le piégeage, ce sont les trappeurs. Par exemple, s’il y a beaucoup de souris ou de lièvres sur un territoire, c’est qu’il y a beaucoup de martres, alors on posera des pièges en conséquence », poursuit celui qui trappe non pas pour l’argent mais plus pour être en contact avec la nature. Le trappeur se doit d’observer son territoire, prend conscience des habitats fauniques, fait un inventaire des animaux à fourrure, et s’il veut pouvoir retourner l’année suivante dans les mêmes secteurs, il faut qu’il trappe de manière responsable.

Marc-André Racine avec une de ses étudiantes du programme PETF. Crédit photo : Ismaelle Delmarco.

Dans les Unités de Gestion des Animaux à Fourrure (UGAF), la saison commence le 18 octobre pour finir le 1er mars pour le loup. Dépendamment de l’espèce, la date de fin change. Même s’il chasse et pêche, Marc-André Racine préfère la trappe. « La saison dure plus longtemps, on est en contact avec différentes espèces d’animaux, quand on tend un piège, on doit y retourner tous les jours, on observe, on modifie, essais-erreurs. Ainsi, j’ai pu observer que le loup l’été, il est solitaire, il mange du castor. C’est l’hiver qu’il se regroupe pour chasser le chevreuil ou l’orignal. Quand il n’y a plus de nourriture, il change de secteur. Depuis que le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) gère la ressource, il y a plus d’orignaux et de chevreuils et on voit beaucoup plus de loups. » Le loup reste un défi pour le trappeur, c’est excessivement dur à prendre. C’est un animal très intelligent, il sent toutes les odeurs, remarque la couleur des pièges. En forêt, il n’y a pas de docteur pour les animaux malades, il y a ainsi une sélection naturelle qui s’opère, favorisée par la rigueur de nos hivers. Les saisons font en sorte que les bêtes sont en santé, les faibles ne peuvent survivre.

En écoutant Marc-André, on apprend que le castor, c’est facile à capturer, d’autant qu’il n’a jamais vu de piège. Après ça, il arrive à faire sauter le piège en mettant un morceau de bois dedans. « La viande de castor, je la vends à Mashteuiasch, la peau, je la tanne et les viscères, je m’en sers pour appâter. Et puis, il y a les glandes chez le castor, celles qu’on appelle les huileux et les tondreux. Ce sont ces derniers qu’on utilise pour le gin de rognon de castor, très bon pour dégager les poumons. Les tondreux sont également vendus en parfumerie pour faire du fixatif à parfum. »

« Le contact avec la nature, ça m’a transmis le calme, je suis excessivement calme, et la débrouillardise aussi. J’ai appris à me débrouiller dans différents domaines, surtout en fréquentant la forêt. Des domaines connexes, comme l’énergie alternative ou la construction. Les trappeurs sont tous des gens autonomes, ils sont capables de se débrouiller, habiles de leurs mains, capables de créer, d’imaginer se faire un plan, calculer ce dont ils ont besoin », explique l’homme qui a également enseigné deux années (2017-2019) à Uashat, près de Sept Îles. « Beaucoup d’initiatives sont prises afin de redonner la chance aux Premières Nations de se réapproprier leur culture du territoire. Ces communautés sont tissées serrées comme on dit, les savoirs se partagent. Au début, j’étais sous haute observation, mais après quelque temps, les portes se sont ouvertes. Puis, ça a super bien été. On m’avait prévenu qu’il y aurait beaucoup d’abandons. Le ministère nous avait accordé 13 places en première année, alors j’en ai accepté 16, mais finalement j’en ai diplômé 15 ! Je me suis fait beaucoup d’amis là-bas, j’y ai rencontré des gens de cœur, ils m’ont appris plusieurs choses, on avait la possibilité d’avoir des maîtres formateurs, c’étaient des anciens, ils venaient avec nous autres en forêt, ils expliquaient leurs affaires, ils me laissaient parler, pour ensuite compléter avec la pensée amérindienne, des fois leurs commentaires se faisaient en innu. Il a fallu adapter la formation pour ces cohortes, y ajouter de la flexibilité, quand je voyais qu’un domaine était déjà très bien compris par les élèves, je passais tout de suite au suivant. »