La richesse de la transmission

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Amadou Hampaté Bâ, célèbre écrivain africain, a dit : « En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ».

Que serait la société africaine sans les personnes âgées?

De même, que seraient les communautés autochtones et Inuit sans l’apport privilégié des personnes aînées dans la transmission de l’héritage culturel, comme porteuses d’un savoir unique?

Transmettre signifie faire parvenir, communiquer ce qu’on a reçu (Le Petit Larousse).

Par exemple, les grands-mères Inuit ont à cœur de transmettre les valeurs et les savoirs traditionnels Inuit. Elles sont conscientes d’être des témoins précieux du passé et du présent. C’est en les consultant que cette mémoire se conserve.

Ces grands-mères Inuit transmettent des valeurs pacifiques et de solidarité aux enfants. Elles insistent sur l’importance du partage et de la générosité au sein de la communauté. Elles enseignent le respect, l’amitié et la bonté entre pairs, amis et voisins. Elles inculquent des valeurs d’harmonie et de cohésion au sein de la famille et de la communauté.

Elles transmettent aussi l’identité Inuit. Pour la perpétuer, il faut éviter de s’entredéchirer et de se diviser, au contraire, il est vital de rester unis et forts.

Au Québec, nous avons beaucoup de résidences de personnes âgées. S’y trouvent des hommes et des femmes aux expériences diverses qui ont apporté beaucoup de leurs talents à la société. Au soir de leur vie, que deviennent ce savoir et ce savoir-faire accumulés au fil des années? Ne servent-ils plus à rien? Une discontinuité générationnelle prive actuellement la société d’une partie importante d’elle-même que lui ont apporté, jadis, les habiletés de ses « vieux » et de ses « vieilles » et que ceux-ci conservent en pure perte, en panne de transmission.

Pour les sociétés qui se nourrissent d’informations par le truchement des moyens techniques comme l’internet et les réseaux sociaux, le sens de la vie, provenant de la transmission humaine, devient caduc. Dans l’ère du jetable, la vieillesse ne peut être perçue que comme décrépitude. La vie se raccourcit; elle tend à être réduite à l’immédiateté et au présent, sans racines ni devenir.

On pourrait se demander si les personnes âgées d’ici ne pourraient pas être des «grands-pères » ou des «grands-mères » pour des jeunes et y trouver une raison de vivre?

Les personnes âgées offriraient aux jeunes et à la société les fruits de longues années d’intériorisation. Plus la capacité d’intérioriser est grande, plus aisée est la perception du sens de la vie. Et plus le sens de la vie devient évident, plus encore le désir de le transmettre s’impose.

La société ne peut faire l’économie de la richesse de la transmission. Elle doit montrer une grande gratitude envers ceux et celles qui souhaitent partager de leurs talents et ainsi permettre de mieux se comprendre.