Stratégie touristique et politiques municipales

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L'Auberge du Dimanche au coeur du village de Rivière-Éternité. Crédit photo : Cécile Hauchecorne.

Avec le lancement de sa nouvelle stratégie de l’industrie touristique, la MRC du Fjord-du-Saguenay a inspiré le thème de ce dossier. L’idée de faire de la région une destination touristique à l’échelle internationale nous a fait nous demander comment cette nouvelle stratégie allait pouvoir s’harmoniser avec le maintien du bien-être des communautés.

Pour commencer, partons donc à la rencontre des instances municipales des cinq villages partenaires du Trait d’Union.

Petit-Saguenay, la consultation citoyenne au cœur du développement !

Si la municipalité n’a pas de politique touristique en tant que telle, elle a cependant une vision bien claire de ce qu’elle se doit de faire : encourager le développement d’activités plein air sur le territoire et miser sur le 4 saisons. Son maire Philôme La France le confirme : « On essaye de développer des activités qui vont attirer les touristes chez nous, mais aussi on veut instaurer une saison plus longue, plus d’opportunités pour le développement hivernal notamment. Actuellement, on manque un peu de volume pour faire bien vivre nos entreprises touristiques, donc on espère être capable d’augmenter l’achalandage, c’est l’objectif. »

Et pour maintenir l’équilibre entre le bien-être de la communauté et le développement touristique, on consulte les citoyens en amont de la préparation des projets, tout en leur donnant un espace décisionnel. Le budget participatif, par exemple, donne la possibilité aux citoyens de présenter les projets qu’ils veulent mettre de l’avant.

« Par rapport au projet du cœur du village, on a fait des consultations : il y avait un projet de stationnement pour les amateurs de VanLife avec une station de vidange sur place, mais ça crée de la nuisance pour le voisinage, donc on enlève ce volet-là du projet. On a prévu des terrasses sur la promenade au cœur du village, on les a positionnées pour qu’elles ne soient pas devant les maisons directement mais plutôt devant les stationnements pour éviter que les visiteurs aient une vue directe sur l’intimité des gens. L’idée de participation citoyenne, ça fait de meilleurs projets quand on s’assure qu’à toutes les étapes, on a l’assentiment d’un maximum de monde. Bien sûr certains peuvent être contre mais ils ont l’occasion de l’expliquer et ça amène le projet à s’améliorer », conclut le maire de Petit-Saguenay.

L’Anse-Saint-Jean : victime de son succès.

En rencontrant Richard Perron, maire de l’Anse-Saint-Jean, j’apprends que le village accueille pas moins de 110 000 visiteurs par année. « Le développement touristique, à un moment donné, il va atteindre son maximum ! On ne veut pas transformer L’Anse en village d’hébergement. Pour les 10 prochaines années, il faut donc travailler au niveau des infrastructures, les adapter à la croissance de l’achalandage. J’avais des projets pour le secteur du quai, mis sur la glace à cause du chantier de l’assainissement des eaux, mais c’est certain que quand la rue St Jean Baptiste sera asphaltée, on regardera ce que l’on peut faire avec un stationnement du côté de la pointe … on est victime de notre succès ! »

Ici non plus, il n’y a pas à proprement parler de politique touristique, mais un constat énoncé en 2019 lors des consultations publiques organisées au Mt-Édouard : le comité touristique doit s’incorporer afin qu’il puisse bénéficier d’apports financiers, et éventuellement chercher une permanence. Andréanne Ouellet, co-présidente du comité qui travaille actuellement à le restructurer, le confirme : « On est effectivement en démarche d’incorporation avec le souci de pouvoir très bientôt embaucher une permanence. La pertinence d’un comité comme le nôtre, c’est de veiller à ce qu’une fois l’affluence touristique arrivée à destination, l’offre touristique soit synchronisée, de qualité, à capacité confortable pour un bel accueil, de veiller à ce qu’il n’y ait pas de points chauds d’affluence, ici on parle du quai à l’Anse-Saint-Jean. D’après moi, ces enjeux-là, ils touchent tout le monde et c’est là qu’il faut qu’il y ait une concertation avec les citoyens et une communication fluide avec les instances municipales. »

Consciente du travail important qui se trouve sur la table, Andréanne Ouellet, également co-propriétaire de Saguenay Aventures, précise : « L’équilibre entre le bien-être de la communauté et le développement touristique fait partie de notre mission. L’un ne va pas sans l’autre. »

Saint-Félix-d’Otis, un tourisme de villégiature.

Le lac Otis du côté du chalet des loisirs à Saint-Félix. Crédit photo : Cécile Hauchecorne.

Chacune des municipalités du Bas-Saguenay, même si elles se partagent le même territoire, ne vivent pas nécessairement les mêmes réalités. Iris Paquette-Perreault, chargée de projet pour la municipalité, en est bien consciente : « La principale économie de la municipalité, c’est également le tourisme, mais un tourisme de villégiature, et ce serait la particularité de St-Félix par rapport aux autres villages. C’est une forme de tourisme un peu plus ancrée dans la communauté, on peut l’observer quand on organise des activités avec le comité famille, on découvre tout le temps de nouveaux visages, on se rend compte que ce sont des gens qui ont une résidence secondaire ici et que tranquillement, des liens se créent avec les gens du village. »

Ici, même si la municipalité donne le relais à la Société de L’Anse à la Croix pour tout ce qui touche au développement touristique, quand vient le temps de réaliser des projets communautaires et citoyens, il y a toujours un volet touristique. « Ce qui ressort dans les projets qui ont été réalisés dans les dernières années ou qui sont en cours, c’est l’idée d’allier nature et culture, et de rendre accessibles des endroits de St-Félix qui ne l’étaient pas avant. Développer de nouveaux sentiers, faire en sorte que ces différents points d’intérêts puissent se rejoindre entre eux en transport actif, que ce soit en vélo, marche ou embarcation nautique, kayak, paddle, etc., poursuit Iris. À Saint-Félix, il y a la halte routière avec le parc intergénérationnel tout autour du chalet des loisirs, à la base, cela reste des développements faits pour les citoyens mais qui servent et qui mettent en valeur énormément le coin tout en le rendant accessible à tous. À part le Site de la Nouvelle France qui se place pour devenir un gros pion du tourisme régional, les attractions que l’on retrouve ici sont souvent méconnues, ni nommées dans les guides de voyage (tennis, skate parc, sentiers), mais ce sont des lieux qui donnent l’occasion aux gens de passage de discuter avec des gens de la place, de découvrir la qualité de vie ici, ça créé des liens différemment ! »

Rivière-Éternité, un partenariat public-privé

Bien que le Parc national du Fjord-du-Saguenay se trouve en partie sur le territoire de Rivière-Éternité, le tourisme n’est pas le principal moteur économique du village. L’offre touristique est limitée et la municipalité souhaite développer des attraits afin d’intercepter et retenir les touristes.

Le succès que remporte l’Auberge du Dimanche est un bon exemple de comment animer la vie au cœur du village. Rémi Gagné, maire de la municipalité, le confirme : « On veut augmenter l’offre d’hébergement et de beaux projets sont à venir, même en restauration. Ici, on compte beaucoup sur le partenariat public-privé pour développer notre industrie touristique. »

Toujours d’après Rémi Gagné, « la municipalité n’a actuellement ni les ressources humaines, ni l’expertise pour mettre en place le plan stratégique de la MRC en matière de tourisme, mais dans son projet de revitalisation, elle se choisit des partenaires avec une expertise touristique qui ont à cœur la vitalité du village et qui redonnent à la communauté. C’est ainsi qu’elle préservera le bien-être de ses citoyens tout en développant des projets touristiques divers. »

Pour ce qui est du comité touristique, il reprend vie tranquillement après la pandémie mais à moyen terme, le maire de Rivière-Éternité imagine très bien la création d’un comité qui regrouperait les municipalités du Bas-Saguenay : « On vit tous avec les mêmes touristes qui visitent la région, et au lieu de tirer chacun la couverture de notre bord, il serait profitable je crois de se mettre ensemble. Le plus bel exemple, c’est la table de concertation, on a fait de très belles choses ensemble. »

Ferland-et-Boilleau et ses lacs

Camping d’hiver sur le petit lac Ha!Ha! à Ferland-et-Boilleau. Crédit photo : Nathalie Simard.

La question du tourisme est essentiellement prise en charge par le comité écotouristique de la municipalité. L’un des principaux enjeux, la préservation du territoire et de ses ressources naturelles. Monique Witzell, agente de développement et membre active du comité écotouristique, précise : « Que ce soit pour le tourisme, que ce soit pour l’industrie forestière, on veut toujours s’assurer que nos ressources naturelles restent intactes pour que les usagers puissent en profiter pleinement. »

Au niveau du développement et des investissements touristiques, il faut savoir qu’à Ferland-et-Boilleau, ils se concentrent principalement au niveau des deux campings installés au bord de deux lacs, le petit et le grand lac Ha!Ha! L’idée, c’est donc de toujours avoir des installations propres et accueillantes, et qui cohabitent harmonieusement avec le milieu naturel.

« Le petit lac Ha!Ha! est géré par la Coop forestière et le Camp d’Accueil sur le grand lac par la municipalité, mais on a tous la même vision,  on se préoccupe du milieu naturel, de la préservation et de la quiétude des lacs et aussi de l’accès des citoyens à ces richesses. On sait que de nombreux résidents de Ferland-et-Boilleau campent à l’année au Camping du camp d’Accueil, précise Monique. Ce n’est pas l’industrie touristique qui prime à Ferland-et-Boilleau mais c’est tout de même elle qui nous permet d’avoir des services de proximité, restaurants, station d’essence. On a tellement une petite population que sans les touristes qui viennent ici, ces petites entreprises ne pourraient pas vivre. »