Tisser des liens de solidarité entre villages ruraux et Université

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Crédit photo : Sylvain Laroche

Le thème de la transmission est tout approprié pour raconter le nouvel élan de la démarche des Ateliers des Savoirs Partagés (ASP) 3.0. Initiée en 1992 par des gens de Saint-Camille, un village d’Estrie souvent présenté comme un modèle de développement rural, la démarche a tranquillement tracé son chemin en se donnant comme mission de créer des liens entre villages en voie de revitalisation. Pour ce faire, sont organisés des forums de rencontres, de discussions et d’entraide entre les acteurs de la revitalisation économique et sociale et la recherche universitaire.

Petit-Saguenay a été invité à intégrer ce projet en 2017. L’écoquartier participatif, les POPS ou l’élaboration de la Politique de développement durable et de participation citoyenne par Juliette Charpentier (UQAC) sont les fruits des ASP 2.0. C’est maintenant à son tour d’inviter deux communautés dans ce réseau de solidarité. La sélection s’est effectuée selon quelques critères, notamment la présence de réalités et d’enjeux similaires entre les municipalités, ainsi que d’un certain dynamisme et désir d’innovation. Son choix s’est finalement arrêté sur Saint-François-de-Sales (Lac-Saint-Jean) et Saint-Valérien (Bas-Saint-Laurent).  Retour sur la première rencontre de lancement qui s’est déroulée à Petit-Saguenay le 10 novembre dernier.

Comme le rappelle Sylvain Laroche de Saint-Camille en introduction lors de cette journée, « l’idée des ASP est née en 1992, quand on s’est battu pour sauver notre service de poste. On s’est posé la question:  qu’est-ce qu’on fait ? On voulait amplifier notre voix. On n’avait pas accès à la recherche universitaire, il fallait faire toutes les démarches nous-même […]. On s’est dit qu’il y avait des personnes qui [travaillaient] déjà [sur ces problématiques]. Le développement c’est compliqué, il faut être en formation continue. De ça, l’idée des ASP est née. » Pour Denis Bussières, sociologue et chercheur pour le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) de l’UQAM, créer des liens entre les communautés et le milieu de la recherche vise à développer un réflexe auprès des acteurs du milieu pour solliciter directement les chercheurs lorsqu’ils font face à des problèmes économiques ou sociaux. À la fois, les chercheurs améliorent leurs connaissances des réalités rurales et peuvent ensuite produire de la documentation qui sera accessible à l’ensemble de la communauté de la recherche. Cet échange de connaissances se retrouve également au sein des nouvelles classes d’élèves, qui sont à leur tour sensibilisées aux enjeux de développement sur les territoires éloignés des centres urbains. Certains d’entre eux se voient même octroyer des bourses qui financent études et stages sur le terrain.

La journée s’est enchaînée avec la présentation de chacune des municipalités par des représentants issus de leurs délégations respectives. Chaque participant était invité à inscrire ses réflexions sur un « carré magique » composé de 4 cases. Les réponses partagées en grand groupe ont permis d’identifier des enjeux prioritaires (le logement, la communication, la mobilisation citoyenne); des questionnements (Comment devenir des villages résilients face aux enjeux climatiques?); ainsi que des projets inspirants : Saint-Valérien a transformé son église en centre communautaire, Saint-François-de-Sales est une communauté bleue, Petit-Saguenay a son budget participatif. Nous sommes tous sortis grandis de la mise en commun de nos réalités et réflexions qui se rejoignent, de part et d’autre du fleuve. Cette première rencontre a mis les bases d’une belle collaboration qui a le potentiel de tisser un réseau de villages solidaires à travers le territoire québécois.