Une visite à Saint-Valérien-de-Rimouski sous l’angle de l’alimentation

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Alors que la neige tombait dans le ciel depuis quelques heures déjà, des délégations de Petit-Saguenay et de Saint-François-de-Sales (Lac-Saint-Jean) prenaient la route à destination de Saint-Valérien, un village de 800 âmes du Bas-Saint-Laurent. Dans le cadre des Ateliers des Savoirs Partagés (ASP), un réseau d’entraide entre les municipalités rurales, une visite sur l’autre rive du fleuve était prévue en cette dernière fin de semaine de novembre dans le but de voir du pays et profiter de la convivialité des échanges de vive voix.

À leur arrivée vendredi soir, les délégations ont cassé la croûte et entamé les échanges sur la thématique de l’habitation autour d’une grande tablée dans une charmante pourvoirie isolée. Robert Savoie, le maire de Saint-Valérien, ainsi que Mylène Vézina, porteuse d’un projet de communauté intentionnelle, ont partagé avec les convives leur démarche pour la concrétisation d’un projet de milieu de vie composé de plusieurs petites habitations individuelles sur un lot agricole. Bien que ce développement domiciliaire alternatif comporte plusieurs avantages pour les ménages qui souhaiteraient y vivre, il se heurte à la réglementation sur plusieurs paliers qui n’autorise qu’une seule habitation principale par terrain. M.Savoie, sensible à la problématique dans un contexte où l’accès au logement est limité, tente de faire avancer le dossier par le biais du politique de façon à assouplir la réglementation en place et permettent à ce type d’initiative, de plus en plus populaire au Québec et ailleurs, de se réaliser.

 

L’invitation coïncidait avec la Fête au village, une programmation d’activités communautaires étalées sur la fin de semaine. Samedi, le point de rendez-vous avait été donné à l’église de Saint-Valérien, qui a été transformée en centre communautaire comprenant une grande salle, cuisine et bar, rangements, vestiaires et salle de bain modernes, un gym, une bibliothèque et des espaces au bénéfice des organismes locaux. Parmi les citoyens venus de partout aux alentours, les membres du réseau des ASP ont assisté à la conférence de Yves-Marie-Abraham, professeur d’origine bretonne aux Hautes Études Commerciales (HEC) de Montréal, qui portait sur la décroissance choisie. Ce courant de pensée propose, devant le bilan des conséquences sociales et environnementales d’un système économique productiviste, de produire moins, partager plus et décider ensemble. Après un excellent dîner costaricien fait par un traiteur local, un atelier de travail en présence du conférencier a porté sur la sensibilisation aux enjeux environnementaux et la mobilisation dans nos villages respectifs.

Finalement, les délégations étaient conviées au grand souper communautaire préparé par les Valeureux Rhizomes, un comité citoyen pour la souveraineté alimentaire et le combat du gaspillage. Au menu : canapés de rillettes d’outardes à l’argousier, tourtière de tempeh, pâté de viande, cipaille, et bien plus! Les aliments provenaient de don de « gentilles personnes des alentours », des entreprises locales et même, de la forêt nourricière de Saint-Valérien. En plus de l’utilisation de délicieux produits, on disait que le chef avait même déjà travaillé pour l’hôtel Fairmont Reine Élizabeth à Montréal. Le repas fut inévitablement un succès!

Le dimanche matin, le groupe se retrouvait pour la dernière matinée à la bibliothèque, logé sur l’ancienne mezzanine de l’église, pour un déjeuner-discussion avec Marie-Hélène Lagueux-Tremblay, maraichère propriétaire des Jaseurs des Cèdres, agronome engagée, enseignante au Cégep et étudiante à la maîtrise spécialisée en mise en marché des produits. La discussion, très riche, a porté notamment sur les enjeux de la souveraineté alimentaire, la mise en marché et la distribution en circuits courts; la territorialisation des produits et les difficultés rencontrées par les petits producteurs agroalimentaires. Outre l’amélioration de l’efficacité des systèmes de distribution québécois, quelques pistes de solutions à la portée des municipalités ont été nommées. Les problématiques sont propres à chaque territoire et requiert l’analyse des dynamiques et des opportunités sur les plans locaux et régionaux. Les municipalités et les MRC ont un rôle à jouer, notamment de facilitateur, puisque ces organisations ont une bonne connaissance de leur milieu, et ont un pouvoir de mobilisation des réseaux. En guise d’illustration, la municipalité de Saint-Valérien a contribué à mettre sur pied le panier valériénois, une plateforme de commande en ligne qui rassemble les producteurs locaux et qui offre un point de chute commun pour les consommateurs. L’équipe municipale de Petit-Saguenay tient à remercier chaleureusement les valérinois pour leur accueil : les conditions étaient idéales pour susciter partage et inspiration mutuelle.